samedi 28 juin 2014

Le capital au XXIème siècle de Thomas Piketty


Le Capital au XXIe siècle est un livre événement, remettant au coeur des débats la question économique. Les polémiques autour de ce livre montrent bien que la question des inégalités et de leurs évolutions est une question obsédante à une époque ou la précarité et le sous-emploi semblent devenir la norme.

Mais sur le fond que vaut ce livre ? Première chose essentielle : la richesse des sources de données sur les évolutions de revenus et de patrimoine sur longue période. On a là des sources de données inédites, offrant de multiples pistes d'analyses. Juste pour ce travail documentaire, ce livre est un apport majeur.

En revanche, au moment de l'interprétation des données tout se gâte. Piketty dans un style très (trop?) simple n'interprète qu'à peine les données et semble s'en servir pour justifier a posteriori sa thèse sur l'explosion des inégalités et leur augmentation inéluctable au profit d'une caste de néo-rentier. Il passe totalement à côté de l'explosion de la valeur des actifs (notamment immobiliers) expliquant l'essentiel du phénomène, ne fait aucune analyse sur les phénomènes de mobilité sociale au niveau du premier décile (point clé pourtant).

Au final, on ressort frustré de sa lecture, avec l'impression que l'ensemble des données n'a été que très partiellement exploité. Dommage.

mardi 27 mai 2014

Le général de l'armée morte de Ismail Kadaré


C'est un premier roman qui a fait grand bruit lors de sa publication. L'histoire ? Elle est macabre et absurde, narrant les pérégrinations d'un général italien qui 20 ans après la fin de la seconde guerre mondiale se rend en Albanie pour ramener au pays les restes des soldats morts. Voici donc le Général de l'armée morte

Il y a finalement assez peu de péripéties dans cette longue errance par monts et par vaux, au coeur de ce pays secret et rude. Mais l'élégance de la langue et de la narration, l'ironie et le sens de l'absurde de Kadaré portent l'histoire et nous tiennent en haleine. Le général lui-même aura changé, défait une nouvelle fois, durant cette aventure aux confins de l'absurde.

vendredi 23 mai 2014

J'ai tué de Mikhail Boulgakov


Ce recueil de nouvelles de Mikhail Boulgakov intitulé J'ai tué n'est pas une idée de lecture évidente. Je me souviens être tombé dessus à l'époque où j'allais encore à la médiathèque. Je ne connaissais absolument pas cet auteur, choisi au hasard et je ne l'ai pas du tout regretté. Toutes ces nouvelles brossent le portrait d'un monde ancien qui disparait après la Révolution bolchevique.

Les récits mettent en scène un noble immigré de retour en son palais, des soldats entrainés dans l'horreur de la guerre civile ou des médecins devant soigner malgré des conditions précaires. A chaque fois le style est vif, les descriptions acérées, le récit bien mené. Un auteur a découvrir !

mercredi 21 mai 2014

La condition humaine d'André Malraux


J'avais aimé "Les conquérants" du même Malraux, j'ai beaucoup aimé ce livre plus abouti, plus puissant, plus "fondamental". La condition humaine relate la prise de Shanghai par les communistes au milieu des années 20 puis l'écrasement par le Kuomintang d'une Révolution paralysée par les consignes de l'Internationale. Les événements (authentiques) laisse se développer une réflexion désabusée sur l'homme foncièrement seul face à son destin, séparé des autres. C'est souvent beau, parfois un poil long mais on ressort conquis.

Une belle histoire, un grand roman non pas d'aventures mais d'aventuriers.

PS : on notera à la fin de l'oeuvre quelques lignes intéressantes sur la mythomanie. Intéressantes quand on sait que Malraux aura souvent "rêvé" ses aventures au lieu de les vivre réellement. On lui aura souvent reproché d'ailleurs.

dimanche 18 mai 2014

Thérèse Desqueyroux de François Mauriac





Thérèse Desqueyroux est un livre étonnant nous plongeant dans les tourments d'une femme de la bonne bourgeoisie du sud-ouest qui tente d'assassiner son mari. Tout le livre est une enquête pour connaître les motivations et fouiller l'âme de cette femme brillante mais aliénée. L'élégance de l'écriture offre un contraste saisissant avec la violence des sentiments et du propos. 


C'est vif, brillamment construit, fin : on ne décroche pas de ce court roman.

vendredi 16 mai 2014

La production de l'idéologie dominante par Pierre Bourdieu et Luc Boltanski



La Production de l'idéologie dominante dissèque de manière clinique la construction du discours dominant, porté par les élites auto-proclamées (politiques, media, experts en tous genres). L'explication de la constitution de cette idéologie dans des lieux neutres (fondations, comités divers...) montre comment la pensée se créé en vase clos, entre pairs, sans aucune contestation. Elle permet en renouvelant le discours des élites de perpétuer leur situation acquise de domination sur la population.


Résultat, une sorte de pensée prête à l'emploi (on ne parlait pas de pensée unique en 1975 date de parution du livre), immanente, allant forcément de soi, moderne, forcément moderne car issue des plus brillants esprits. Certains extraits issus de la novlangue du Plan sont effrayants : par leur langage technocratique désincarné et leur caractère prémonitoire (c'est frappant sur la mise à mort des paysans au nom de l'agro-business moderne).

Bourdieu n'est décidément pas un sociologue mais plutôt un essayiste politique capable de disséquer le discours, d'analyser les présupposés d'une pensée. Et d'en dénoncer la mécanique pernicieuse. 30 ans après la parution de ce livre, il est frappant de voir à quel point rien n'a changé en France. La pensée unique domine, une pseudo modernité incontestable enveloppe des mesures prises sans aucun fondement réel.

A quand une analyse profonde et méthodique des lieux communs et des impostures qui interdisent tout débat ? A quand une lutte sans merci contre le terrorisme intellectuel qui règne dans les media et chez les élites ?

mardi 13 mai 2014

Un été avec Montaigne de Antoine Compagnon



J'avais vu l'été avec Montaigne mis en avant à la FNAC, avec une promesse : offrir un aperçu de la pensée foisonnante de Montaigne, nous permettre de mieux comprendre certaines notions clés. Las, le soufflet retombe très vite. Le parti-pris d'une relecture aléatoire des Essais n'est absolument pas gênant, c'est même à mon sens la meilleure manière d'aborder le livre. 


La déception vient d'une analyse plus que sommaire des passages étudiés, ne nous apportant pas grand chose à penser. Quelques pistes ici ou là mais rien de concret, rien de fouillé sur l'oeuvre du grand Bordelais. Tout cela ne fait pas un livre. 


Au final, on apprend peu de choses et on ressort de notre lecture avec la désagréable impression d'avoir été victime du marketing littéraire.