mardi 27 mai 2014

Le général de l'armée morte de Ismail Kadaré


C'est un premier roman qui a fait grand bruit lors de sa publication. L'histoire ? Elle est macabre et absurde, narrant les pérégrinations d'un général italien qui 20 ans après la fin de la seconde guerre mondiale se rend en Albanie pour ramener au pays les restes des soldats morts. Voici donc le Général de l'armée morte

Il y a finalement assez peu de péripéties dans cette longue errance par monts et par vaux, au coeur de ce pays secret et rude. Mais l'élégance de la langue et de la narration, l'ironie et le sens de l'absurde de Kadaré portent l'histoire et nous tiennent en haleine. Le général lui-même aura changé, défait une nouvelle fois, durant cette aventure aux confins de l'absurde.

vendredi 23 mai 2014

J'ai tué de Mikhail Boulgakov


Ce recueil de nouvelles de Mikhail Boulgakov intitulé J'ai tué n'est pas une idée de lecture évidente. Je me souviens être tombé dessus à l'époque où j'allais encore à la médiathèque. Je ne connaissais absolument pas cet auteur, choisi au hasard et je ne l'ai pas du tout regretté. Toutes ces nouvelles brossent le portrait d'un monde ancien qui disparait après la Révolution bolchevique.

Les récits mettent en scène un noble immigré de retour en son palais, des soldats entrainés dans l'horreur de la guerre civile ou des médecins devant soigner malgré des conditions précaires. A chaque fois le style est vif, les descriptions acérées, le récit bien mené. Un auteur a découvrir !

mercredi 21 mai 2014

La condition humaine d'André Malraux


J'avais aimé "Les conquérants" du même Malraux, j'ai beaucoup aimé ce livre plus abouti, plus puissant, plus "fondamental". La condition humaine relate la prise de Shanghai par les communistes au milieu des années 20 puis l'écrasement par le Kuomintang d'une Révolution paralysée par les consignes de l'Internationale. Les événements (authentiques) laisse se développer une réflexion désabusée sur l'homme foncièrement seul face à son destin, séparé des autres. C'est souvent beau, parfois un poil long mais on ressort conquis.

Une belle histoire, un grand roman non pas d'aventures mais d'aventuriers.

PS : on notera à la fin de l'oeuvre quelques lignes intéressantes sur la mythomanie. Intéressantes quand on sait que Malraux aura souvent "rêvé" ses aventures au lieu de les vivre réellement. On lui aura souvent reproché d'ailleurs.

dimanche 18 mai 2014

Thérèse Desqueyroux de François Mauriac





Thérèse Desqueyroux est un livre étonnant nous plongeant dans les tourments d'une femme de la bonne bourgeoisie du sud-ouest qui tente d'assassiner son mari. Tout le livre est une enquête pour connaître les motivations et fouiller l'âme de cette femme brillante mais aliénée. L'élégance de l'écriture offre un contraste saisissant avec la violence des sentiments et du propos. 


C'est vif, brillamment construit, fin : on ne décroche pas de ce court roman.

vendredi 16 mai 2014

La production de l'idéologie dominante par Pierre Bourdieu et Luc Boltanski



La Production de l'idéologie dominante dissèque de manière clinique la construction du discours dominant, porté par les élites auto-proclamées (politiques, media, experts en tous genres). L'explication de la constitution de cette idéologie dans des lieux neutres (fondations, comités divers...) montre comment la pensée se créé en vase clos, entre pairs, sans aucune contestation. Elle permet en renouvelant le discours des élites de perpétuer leur situation acquise de domination sur la population.


Résultat, une sorte de pensée prête à l'emploi (on ne parlait pas de pensée unique en 1975 date de parution du livre), immanente, allant forcément de soi, moderne, forcément moderne car issue des plus brillants esprits. Certains extraits issus de la novlangue du Plan sont effrayants : par leur langage technocratique désincarné et leur caractère prémonitoire (c'est frappant sur la mise à mort des paysans au nom de l'agro-business moderne).

Bourdieu n'est décidément pas un sociologue mais plutôt un essayiste politique capable de disséquer le discours, d'analyser les présupposés d'une pensée. Et d'en dénoncer la mécanique pernicieuse. 30 ans après la parution de ce livre, il est frappant de voir à quel point rien n'a changé en France. La pensée unique domine, une pseudo modernité incontestable enveloppe des mesures prises sans aucun fondement réel.

A quand une analyse profonde et méthodique des lieux communs et des impostures qui interdisent tout débat ? A quand une lutte sans merci contre le terrorisme intellectuel qui règne dans les media et chez les élites ?

mardi 13 mai 2014

Un été avec Montaigne de Antoine Compagnon



J'avais vu l'été avec Montaigne mis en avant à la FNAC, avec une promesse : offrir un aperçu de la pensée foisonnante de Montaigne, nous permettre de mieux comprendre certaines notions clés. Las, le soufflet retombe très vite. Le parti-pris d'une relecture aléatoire des Essais n'est absolument pas gênant, c'est même à mon sens la meilleure manière d'aborder le livre. 


La déception vient d'une analyse plus que sommaire des passages étudiés, ne nous apportant pas grand chose à penser. Quelques pistes ici ou là mais rien de concret, rien de fouillé sur l'oeuvre du grand Bordelais. Tout cela ne fait pas un livre. 


Au final, on apprend peu de choses et on ressort de notre lecture avec la désagréable impression d'avoir été victime du marketing littéraire.

dimanche 11 mai 2014

Fable de Venise (Corto Maltese) de Hugo Pratt


Fable de Venise est un classique de la BD lu en préparation d'un voyage à Venise. Cet album étonnant, entre songe et réalité, est une déclaration d'amour à Venise à ses mystères, ses légendes, son atmosphère. Ne vous attendez pas à une visite "touristique" de la Sérénissime mais à une flânerie dans les ruelles de la ville dans les pas de Corto.

Le dessin élégant de Hugo Pratt est au service d'une chasse au Trésor entre sociétés secrètes, chemises noires et aventuriers de tout poil. Un récit enlevé, érudit parfois mais laissant aussi la part belle à la rêverie.

vendredi 9 mai 2014

La mort à Venise de Thomas Mann



Dans le train j'ai lu un recueil de nouvelles de Thomas Mann rassemblant trois de ses œuvres : La Mort à Venise, Tristan et le Chemin du cimetière. La Mort à Venise relate la passion dévorante d'un écrivain reconnu pour un jeune adolescent dans le cadre délétère de Venise. Tristan offre la description d'une femme malade dans un sanatorium. Le chemin du cimetière, plus anecdotique, raconte en quelques pages la fin d'un homme au bout du rouleau.


Disons les choses, ce recueil a été une déception. Le style est brillant mais souvent ampoulé, l'auteur semble s'émerveiller de sa virtuosité stylistique ou de sa connaissance des Arts sans trop se soucier des lecteurs. Les intrigues sont bien menées mais manquent à mon sens de profondeur psychologique et de péripéties. Les histoires ont tendance à s'essouffler en cours de route.

On peut (on doit ?) lire ces nouvelles pour l'aspect "culture littéraire" mais au-delà de ça je trouve ces récits datés et finalement passablement ennuyeux.

mercredi 7 mai 2014

Le Crime de Lord Arthur Saville et autres contes de Oscar Wilde




J'ai lu le recueil de nouvelles de Oscar Wilde intitulé le crime de Lord Arthur Savile. J'ai beaucoup aimé la nouvelle éponyme relatant les tentatives désespérées du Lord pour commettre un crime. La description de la bonne société est très drôle et on a le droit à une scène surréaliste avec un anarchiste.

J'ai beaucoup aimé aussi L'ami dévoué, fable cruelle sur l'amitié à sens unique.

Encore une fois Oscar Wilde offre des œuvres drôles, fines et merveilleusement écrites.

lundi 5 mai 2014

Pour en finir avec Eddy Bellegueule de Edouard Louis



J'ai enfin lu ce "phénomène" littéraire, ce livre âpre, violent et dérangeant. Difficile de décrire cette plongée dans ce village picard, dans cette famille défavorisée disons-nous pudiquement aujourd'hui. Ce livre, je l'ai dévoré d'une traite, quasiment sans m'arrêter car pour une fois on s'intéresse aux petits, aux sans-grades, à ce lumpenproletariat que l'on courtise lors des élections tout en le méprisant. Oui on le déteste ce bas-peuple invisible, cumulant toutes les tares : inculte, sale, méchant, raciste, alcoolique, chômeur, assisté… Pour une fois, on se le prend en pleine gueule ce peuple honni dans toute sa médiocrité crasseuse, sans pouvoir fuir car ce livre suinte la vérité. Car tout est vrai dans ce roman qui tient autant de l'ouvrage sociologique que de la littérature, le roman est ici le moyen pour dire une réalité dont tout le monde se fiche ou plutôt que personne ne veut voir. Edouard Louis arrive ici à mêler étude sociologique et grande littérature dans une oeuvre radicale, c'est là son grand talent.

Ce livre m'a secoué car il a ranimé nombre de souvenirs bien enfouis. J'étais dans le camp des fils d'employés, dans une autre région autrefois agricole, sans ouvrier déjà remplacés par les employés de bureau.  J'ai connu ces villages sans rien à faire ou la seule ambition est de reproduire encore et toujours les même schémas sociaux : rester dans le coin, avoir un travail d'employé, se marier avec une fille du cru, faire construire un pavillon et ajouter dans 10 ans une putain de piscine (parce que tu comprends on a les moyens). J'ai connu cette époque sans livre (la bibliothèque municipale étant limitée), avec la télévision comme seule fenêtre sur le monde, allumée sans interruption. J'ai connu cette haine violente, terrible contre tout ce qui pouvait s'assimiler à de l'intellectualisme, cette manie de ne pas répondre en classe (on ne va pas montrer notre science hein). Et moi au milieu de ça, aimant les livres, l'histoire et la culture, pas très sportif, pas intéressé par les courses de mobylettes et autres conneries viriles. Je me suis souvenu de ces années pourries au collèges, à faire face à des imbéciles qui se moquaient quand je donnais une réponse au professeur (intello, lèche-cul) et plus parfois… Je me rappelle de ceux qui riaient de ma façon de parler (tu parles comme Balladur), de ma façon démodée de m'habiller (je ne te remercie pas maman sur ce coup).

Je t'ai compris Eddy même si ma situation était autrement plus confortable que la tienne. Je me suis retrouvé en toi avec cette envie de fuir, loin très loin, cette libération avec le lycée d'abord avec des camarades qui ont arrêté de m'enquiquiner avec mon phrasé. Puis enfin, la vraie liberté avec les "grandes" villes pendant mes études supérieures. La fuite, seule solution pour échapper a un milieu qui vous oppresse.

Alors merci Edouard pour votre roman, merci d'avoir montrer la réalité sans fard même si elle est parfois insoutenable.

Les fleurs bleues de Raymond Queneau


Tout le génie, tout l'inventivité de Queneau explosent dans ce roman.

Voici donc le voyage, d'un rêve l'autre de Cidrolin, excentrique des années 60 et du Duc d'Auge tout droit sorti du Moyen-Âge. Mais qui rêve de qui ? 

La construction du récit brillante, parfaitement huilée (oulipienne à tous points de vue) se met au service d'un style unique tordant la langue et usant des anachronismes pour aboutir à un livre totalement génial.

Les Fleurs bleues est un roman magique, bourré de références, offrant de multiples niveaux de lecture car rien, absolument rien n'est laissé au hasard, pas même les "fautes" d'orthographe. De quoi alimenter de multiples relectures !

En bonus, une jolie interview de Queneau lors de la sortie de son roman

vendredi 2 mai 2014

Mademoiselle Chambon de Eric Holder


La découverte d'Eric Holder avec cette histoire toute simple qui se lit comme un polar. On touche à l'indicible, à la confusion des sentiments et à la possibilité d'un ailleurs dans ces villages de province assoupies. Je connais bien ces ambiances où la moindre nouveauté fait figure d'événement majeur. Dans Mademoiselle Chambon, une jeune enseignante et un jeune maçon se rencontrent et jouent avec la tentation d'infléchir la courbe du destin. Là ou Éric Holder est très fort, c'est dans sa façon de nous tenir en haleine avec un minimum.


Alors bien sûr, il y a de grosses ficelles (les méchants membres d'un parti raciste) et une vision de la province parfois à la limite de la caricature, même si certaines choses sont bien vues (le goût pour décoration faussement rustique, les petites annonces qui disent le manque d'argent...). Mais ce court roman demeure une lecture très agréable.

jeudi 1 mai 2014

Mémoires d'Hadrien de Marguerite Yourcenar




Un immense livre. Une langue pure, élégante et raffinée qui vous berce délicieusement. Un propos humaniste et une analyse toute en finesse de la vie d'un grand empereur. Il y a finalement peu de choses à dire sur ce livre, sa perfection formelle et son analyse passionnante d'Hadrien suffisent. 

Mémoires d'Hadrien est un appel à redécouvrir nos racines greco-romaines, à retrouver le sens de la tolérance et de l'universel.