jeudi 26 décembre 2013

La mort est mon métier de Robert Merle


La mort est mon métier retrace de manière romancée le parcours de l'ancien responsable du camp d'Auschwitz, de la 1ère guerre mondiale jusqu'à la mort devenue industrie dans les camps. Ce livre est bouleversant car il montre la déshumanisation totale d'un homme qui se transforme en bourreau implacable et efficace. On plonge peu à peu dans l'horreur en accompagnant la dérive fanatique d'un serviteur zélé du nazisme. 


Un livre fort, vertigineux, une incroyable leçon d'histoire qui vous tient en haleine tout le long de l'intrigue.

lundi 23 décembre 2013

The laws of simplicity de John Maeda




The Laws of Simplicity est un petit livre formidable de John Maeda. L'auteur est enseignant-chercheur au MIT et est spécialiste des sujets liés à l'utilisabilité et au design. Il offre ici en 100 pages brillantes de concision et d'efficacité quelques clés pour "simplifier" l'expérience offerte aux clients. 

Tout ceci paraît basique, évident, pourtant ce ne l'est pas tant que ça. Une lecture indispensable qui permet de prendre beaucoup de recul sur ses propres pratiques. Pour moi, appliquer quelques uns de ces préceptes dans les présentations que j'ai à faire serait un grand pas vers plus de simplicité.

Au milieu de ce livre, un acronyme m'a beaucoup interpellé SHE (Shrink, Hide, Embody). Ces trois mots permettent de résumer le processus visant à rendre un objet simple. Réduire la taille (Shrink) rend l'objet plus accessible car moins menaçant (on aurait même envie de le protéger, cf. nos téléphones portables que l'on protège avec amour parfois). Cacher (Hide) les fonctions, permet de rendre le premier contact plus serein, d'aller à la rencontre des fonctionnalités sans peur. Enfin, il faut que les qualités de l'objet soit "incarnées" (Embody), ce qui passe par une construction (ou une exécution pour un service) de grande qualité.



Ce simple acronyme peut engendrer des heures de réflexion... et de remises en cause.

vendredi 20 décembre 2013

Travailler, Moi ? Jamais ! de Bob Black



Travailler, moi ? Jamais  est un court pamphlet qui se lit en 30 minutes dénonçant la dictature du salariat. C'est évidemment totalement caricatural mais en période de congés, ça se lit plutôt bien.

L'intérêt de ce genre de bouquin consiste surtout à remettre en perspective son attachement au travail et à questionner sa motivation.

A lire pour se poser quelques questions.

jeudi 19 décembre 2013

La carte et le territoire de Michel Houellebecq


Avec la carte et le territoire Houellebecq était attendu et j'ai l'impression qu'il a particulièrement travaillé son roman. Le style est net, précis, acéré, les intrigues, assez diverses finalement sont bien menées, soudées de manière très propre. Je qualifierais presque ce livre d'académique d'autant qu'il est expurgé des habituelles provocations de l'auteur. C'est très sage et c'est évidemment voulu (pour les prix littéraires mais aussi peut-être pour coller à la grande thèse du livre, le retour à la "tradition").

Sur le fond, je ne suis pas certain que ce livre soit une véritable réflexion sur l'art et le statut de l'artiste. J'ai plutôt l'impression que Houellebecq se livre à une longue méditation sur l'industrie, le labeur et la fin de l'Occident comme puissance productive (mort de l'industrie, retour au terroir...). A plusieurs reprises, l'intrigue tourne autour de ces thèmes (les œuvres du héros Jed Martin, les réflexions de Houellebecq, l'épilogue du roman...).

Sur la forme, je n'attendais pas Houellebecq sur ce terrain. Il s'attache aux pas d'un artiste de ses débuts jusqu'à sa mort. Son parcours est rythme par plusieurs grandes périodes artistiques, des rencontres aussi comme celle de... Michel Houellebecq. L'enquête policière développée en troisième partie est amusante, l'auteur s'est fait là un petit plaisir, hommage peut être à cette Agatha Christie qu'il aime.

Le monde qui nous entoure, ses ridicules, est décortiqué de manière clinique avec un sens inné de l'ironie mordante, on retrouve toute l'acuité de l'auteur (la méditation sur les modes d'emploi, le coming out de Jean-Pierre Pernault, la soirée de lancement de Michelin TV...). Définitivement, c'est l'un des seuls écrivains à avoir quelque chose d'intéressant à raconter sur le monde tel qu'il est. Et puis, j'aime l'auto-portrait ironique qu'il fait de lui-même, jouant avec un certain plaisir, je pense, de son image. Je le soupçonne d'avoir brouillé les pistes pour berner encore un peu plus les journalistes qu'il apprécie peu.

La carte et le territoire est un bon livre, un grand livre même car il développe un sujet de fond important (fin de l'industrie, retour au terroir, à la campagne...) qui risque de bouleverser notre conception du monde. A lire donc et pas seulement parce que c'est un Goncourt. 

PS : oui je suis un fan de Houellebecq :)

mardi 17 décembre 2013

Las Vegas parano de Hunter S. Thompson


Las Vegas parano est un livre fou, un trip littéraire sous acide, écrit par l’immense Hunter S. Thompson. Raconter, ce livre barré, fou et malsain est difficile. L’important ce n’est pas l’histoire (le story telling dirons-nous pour faire moderne) mais l’atmosphère débile et délétère qui plane tout le long du récit. Tout ce que vous devez savoir, c’est que ce livre raconte le périple stupéfiant (dans tous les sens du terme) de Duke et de son avocat Maître Gonzo à Las Vegas, la ville du vice et de la décadence.

Le reste, c’est de la littérature, le genre de livre qui vous scotche et vous donne envie de le finir d’un trait, comme un shot de vodka. C’est drôle et tragique, brutal et doux, fin et vulgaire et àu bout de votre lecture, Las Vegas parano vous laissera totalement éberlué comme après un soir de cuite.

Las Vegas parano , un grand classique, un style, un vrai, à lire si ce n’est déjà fait !

dimanche 15 décembre 2013

Les conquérants de André Malraux


Les conquérants de André Malraux est un joli livre d'aventure, ce que j'appelle un livre pour "garçons" avec tous les ingrédients pour les rêveurs, petits ou grands. C'est une oeuvre de jeunesse racontant la lutte des Chinois de Canton contre l'Angleterre et Hong-Kong. Le récit nous montre combien l'influence d'aventuriers européens ou russe, communiste affiliés à l'Internationale ou non, a été grande.

J'ai du mal à parler de roman d'ailleurs tant ce livre contient d'éléments faisant penser à un essai politique. En tous on lit avec passion le récit de la révolte des coolies Chinois de Canton avec ses moments de grandeur et son lot de trahisons. Avec comme leitmotiv, l'idée que l'on n'a qu'une vie...

Pour l'anecdote, on trouve dans les conquérants la petite phrase rendue célèbre par Alain Souchon dans une de ses chansons : "La vie ne vaut rien mais rien ne vaut la vie".

vendredi 13 décembre 2013

L'immoraliste de André Gide

L'immoraliste est un livre surprenant, troublant même, d'André Gide racontant l'histoire d'un homme vertueux et rangé qui devient affamé de vie après avoir échappé de peu à la tuberculose. Cet appétit dévorant va le pousser à aller de plus en loin dans la recherche de sensation. Ce sera le début de la descente aux enfers d'un homme qui à force de courir après la Vie dans ce qu'elle a de plus fort, finit par se perdre.

L'exercice de style est vraiment intéressant et donnera matière à réflexion à tous ceux qui veulent vivre plus fort. Vivre plus a des conséquences, vouloir plus peu vous mener vers des chemins bien périlleux. Même si l''écriture est un peu datée, c'est un livre étonnant à redécouvrir à l'heure du "dépassement de soi" devenu un impératif catégorique. D'autant plus que l'immoraliste est désormais libre de droit et donc disponible gratuitement en ebook :)

jeudi 12 décembre 2013

Le meilleur des mondes de Aldous Huxley



Le Meilleur des mondes est un immense classique et grand livre d'anticipation. On se demande parfois si on n'y est pas déjà : jeunisme, culte du plaisir, déresponsabilisation, consommation de masse, tentations eugénistes, euthanasie, tout y est. D'ailleurs, le fait divers récent de ce couple ayant décidé de se suicider au Lutétia en regrettant que l'euthanasie ne soit pas autorisée me rappelle furieusement ces anciens abusant une dernière fois de Soma pour ne plus jamais se réveiller. 

Aldous Huxley est le prophète d'une modernité glacée, même si on peut regretter un style ampoulé et manquant de légèreté à mon goût. J'ai quand même une interrogation : est-ce que Huxley ne souhaitait pas l'émergence de ce monde, le meilleur possible ? J'ai parfois eu un doute en lisant le Meilleur des mondes et je rejoins sur ce point l'analyse d'un Michel Houellebecq (l'un des rares à avoir encore quelque chose à dire sur notre monde tel qu'il est dans sa laideur crue). 

Pour aller plus loin
Une analyse très complète des thèmes abordés dans le meilleur des mondes (en anglais)
Longue interview de Huxley sur la surpopulation et la dictature mondiale

mercredi 11 décembre 2013

Fatale de J-P Manchette


Fatale est l'un des livres les plus connus de J-P Manchette, succès mérité d'ailleurs. L'histoire d'une tueuse qui sème la mort au coeur d'une ville de Province pourrie par le fric et les rancoeurs. C'était mon premier Manchette, j'ai eu envie de le découvrir car on a un peu parlé de lui à l'occasion de la sortie de son journal.

L'écriture est sèche, brutale,sans pathos, il y a indéniablement un style Manchette qui m'a rappelé le cinéma de Jean-Pierre Melville pour son dépouillement, sa capacité à rester dans l'épure. Peu de psychologie mais des faits et une observation minutieuse et cruelle de la petite bourgeoise de Province. On se plonge avec délice dans cette chronique des petites lâchetés de cette communauté en apparence tranquille. 

Fatale est un grand polar, étonnant et original à découvrir et à dévorer. Au coin du feu par exemple, c'est la saison.


Pour aller plus loin


lundi 9 décembre 2013

Eloge des frontières de Régis Debray


Éloge des frontières est un opuscule de Régis Debray, transcription d'une conférence tenue au Japon. Avec cet auteur, on est toujours certain d'être surpris, il adore être là où on ne l'attend pas. Par ailleurs, Debray a une qualité d'écriture et un humour qui le mettent très au-dessus de l'essayiste lambda.

Maintenant, sur le fond que peut bien vouloir nous raconter Debray ? C'est simple, il nous rappelle l'intérêt de la notion de frontière face aux "sans frontiéristes" qui occupent bruyamment le champ médiatique. Car, très justement, Debray rappelle que la frontière est indispensable pour construire une identité, permettant de créer une membrane propice aux échanges (comme la peau en quelque sorte). Car la suppression des frontières pousse les individus à se créer de nouvelles identités (à voir l'explosion des revendications identitaires) et entraîne la construction de murs, étanches, empêchant toute communication. Cette opposition entre mur et frontière est brillante et offre des perspectives passionnantes.

Au final, la fin des frontières est une impasse qui aboutit non pas à favoriser l'échange mais à le réduire. Nous avons besoin de sécurité, d'un territoire qui nous est propre pour pouvoir nous ouvrir à l'autre et la frontière apporte une réponse à ce besoin essentiel. 


Éloge des frontières est un livre indispensable et comme souvent avec Régis Debray écrit dans une langue remarquable. 

Pour aller plus loin:

samedi 7 décembre 2013

L'insurrection qui vient du "Comité invisible"




Suite aux sabotages de lignes TGV par un groupuscule d'extrême gauche, j'ai eu envie de lire le livre qu'ils auraient écrit et qui constituerait leur manifeste. L'insurrection qui vient est un texte intéressant à plus d'un titre :

1) Il est très bien écrit. On est loin des écrits de la Fraction Armée Rouge ou des Brigades Rouges. On a là un essai de bonne facture et non une sorte de tract mal écrit

2) Certains constats sont très bien vus : écologie comme prétexte supplémentaire pour différencier riches et pauvres, surveillance généralisée, névroses multiples de la société. C'est clair, net, précis et vrai

3) Les solutions proposées sont classiquement anarchistes avec la constitution de Communes. Le sabotage est en effet une des voies proposées mais la façon dont ces activistes se sont fait prendre est bizarre : dans l'ouvrage l'accent est mis sur l'anonymat, la discrétion, le refus de l'affrontement frontal. Bizarrement, ils n'ont pas appliqué ces préceptes et c'est ce qui a causé leur perte


Depuis l'affaire, beaucoup d'interrogations demeurent sur ce groupuscule et son implication réelle dans le sabotages. Raison de plus pour lire l'insurrection qui vient  



Pour aller plus loin



jeudi 5 décembre 2013

L'établi de Robert Linhart


L'établi est un livre important, montrant que Florence Aubenas n'a rien inventé avec Quai de Ouistreham. L'établi est un témoignage sur la vie en usine écrit par Robert Linhart, un leader maoïste de la Gauche Prolétarienne. Comment cet homme, brillant normalien, a t-il pu se retrouver OS dans l'usine Citroën de la porte de Choisy au début des années 70 ? Il faut se remettre dans le contexte révolutionnaire de l'époque, les maos étant extrêmement actifs. Afin de promouvoir la révolution, de nombreux maoïstes se sont ainsi "établis", c'est à dire se sont fait embaucher comme simple ouvrier dans diverses usines avec pour but d'aider les ouvriers dans leurs luttes.

Ce roman est donc le carnet de bord d'une année au sein de l'usine et raconte ce qu'était l'usine : les cadences, la chaîne qui va trop vite et qui vous noie, les maladies, les vexations de l'encadrement mais aussi la solidarité entre ouvriers, les luttes et les astuces pour rendre ces heures de chaîne supportable. Évidemment, Linhart n'est pas neutre du tout et offre parfois une vision manichéenne des rapports ouvriers/encadrement. Mais on ne peut qu'être happé par la sincérité du récit et l'empathie qu'il développe vis-à-vis des ouvriers.

L'établi est un grand livre, un témoignage souvent accablant sur l'organisation scientifique du travail (le passage sur le bureau des méthodes et leurs brillantes idées n'a pas pris une ride) et les rapports de pouvoir dans les entreprises. Ce genre de livre fait réfléchir et devrait être offert à tous ceux qui sont nostalgiques des années 60-70. Veulent-ils vraiment revenir à ce type d'organisation du travail ?


Pour aller plus loin
  • Une émission de France Inter sur ce livre et le contexte de l'époque
  • Un beau portrait de Robert Linhart dans Libé